Si vous pensez, par cet essai, glaner de bons conseils en matière successorale, passez chemin.
Prenez notaire.
Si vous avez de Lydie Salvayre, l’image d’un sérieux à tout crin, passez même chemin
Que dis-je ? Non, non, restez et découvrez la lauréate du Prix Goncourt 2014 ( Pas pleurer, Ed. du Seuil) sous un jour neuf, drôle, déjanté… corrosif et mordant
Et si Salvayre consonnait salvateur… car c’est bien une tentative humaniste, généreuse, altruiste qui est moteur de cet essai : donner à la médiocrité les recettes proprement magiques du succès.
Et profiter, partant, chemin faisant, des bénéfices qui lui sont associés: amour, argent, gloire, éternité
Avec emphase et sérieux, l’essayiste trace le portrait des personnalités, qui seront les vecteurs de votre succès et vous confie – ô trésor – les moyens de les aborder, de les flatter et en faire les tremplins de votre réussite.
De votre success-story.
A la clef d’abondants mantras redondant de tautologie quand ils ne sont pas tout simplement révolutionnaires.
Arrêtez de croire que le succès est lié à la valeur de votre oeuvre, de votre être .. il en est le but, non pas la conséquence.
Oserais-je même affirmer qu’il sourit davantage aux médiocres?
Oui, j’ose
Tout est question d’opportunisme quand ce n’est d’opportunité
Le savoir-vivre cède place aux codes antipodiques du savoir-réussir
Candidat-écrivain?
Vous trouverez, autour de huit portraits-types, diantrement typés, d’écrivains consacrés celui auquel vous devez… consacrer énergie et compliments.
Ou qu’il convient de fuir tout simplement
Préciosissime gain de temps
Pour l’approche de l’éditeur, le conseil est imparable:
« Sachant que, plus un livre est remarquable, moins il a de chances d’être vendu, ne pas insister sur les qualités qui pourraient faire du roman que vous lui proposez un chef-d’œuvre. Telle est l’une de ces règles étranges qui régissent le succès, règles que je définirai dans un chapitre ultérieur, en tous points passionnant. »
Gageons que cette brillante satire démentira le mantra.
Elle le mérite,
Foi de critique consciencieuse
Apolline Elter
Irréfutable essai de successologie, Lydie Salvayre, essai, Ed. du Seuil, janvier 2023, 172 pp
Billet de ferveur
AE : la satire participe d’un joyeux défoulement. Sous le couvert d’archétypes, de portraits-types, tels Lila, la bookstagrameuse, l’écrivaine féministe, le critique littéraire, tueur en série, … se profilent de vrais noms. Pensez-vous qu’ils se reconnaîtront ? Qu’ils vous en tiendront rigueur ?
Lydie Salvayre : Je crois que nous pouvons tous et toutes nous y reconnaître. Je crois que tous les auteurs, qu’ils le veuillent ou non, sont pris dans ce système. Je crois qu’ils ne peuvent exister hors de lui. Je crois qu’il n’est pas de position pure.
Le problème c’est que les œuvres sont, pour la plupart, en opposition plus ou moins déclarée avec les valeurs de la société marchande qui les promeut. D’où la tension. D’où le malaise.
Mais il est toutefois possible, me semble-t-il, de dire non à certaines pratiques. Non au succès à tout prix. Non aux basses compromissions. Non aux servitudes séduisantes. Non à ce qui nous attelle. Non à l’injonction d’être visible, etc.
Vous me demandez si les auteurs risquent de m’en vouloir.
Le propre de la satire c’est que chacun croit que c’est l’autre qui est mordu. »